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Lofofora - 15 mai 2005

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Reuno nous attend avec quelques amis dans le tour bus, calme, posé, plaisantant avec ses roadies, répond sans concession, et sincèrement à nos questions et celles de mes compères du webzine Yezzi. Pas de mise en scène avec ce charismatique monsieur.

Myg : Comment s'est passé la compo du nouvel album? Daniel et Pierre ont pu donner leur couleur de son à l'album?

Reuno : Oui bien sur, déjà quand on avait fait « Le fond et la forme », Daniel était dans le groupe, mais on n’avait pas une expérience de scène ensemble. Pierre était arrivé pendant la composition, vu qu’on s’était séparé de notre ancien batteur en cours de route. Après on a fait la tournée, c’est vrai qu’elle a soudé pas mal de chose entre nous et de ce fait quand on s’est plongé dans la composition du dernier album, ils se sentaient bien dans leur groupe… Ils se sont sentis à l’aise pour se la donner, pour se lâcher dans la compo, dans leurs idées. Mais on les a toujours encouragé dans ce sens là, on ne les prenait par pour faire exactement comme les précédents membres, ils nous ont amenés des idées fraîches. Après la tournée ils se sentaient comme des poissons dans l’eau, chez eux.

Myg : Apres "Carapace" sur le précèdent, il y a encore quelques titres plus dans l'esprit punk sur le dernier "Buvez du cul", "Le pire", "Mondiale paranoïa", c'est une envie de s'éloigner un peu du métal ou c’est justement l’apport de Daniel et Pierre ?

Reuno : C’est une volonté commune, Phil et moi, on s’est connu la dessus, on vient de là à la base. Daniel en même temps qu’il découvrait les balbutiements de Metallica, des groupes de trash, il écoutait GBH à fond. Pierre adore la vague punk à roulette. Moi j’aime toujours autant les Dead Kennedys, les Ramones… Phil a grave kiffé dernièrement sur Transplant. Dropkick Murphys, le dernier album qu’avait fait Black Flag avec tous les chanteurs invités, j’aime bien. C’est des trucs qu’on n’a jamais cessé d’écouter. On n’a jamais revendiqué qu’on était qu’un groupe de métal. On avait envie de faire un disque corrosif, énervé parce que tout nous parait tellement consensuel aujourd’hui qu’on avait envie de marquer un peu la différence.

Myg : (Yezzi) Vous avez déjà fait pas mal de dates un peu partout en France en Belgique et en Suisse depuis la sortie de l’album « Les choses qui nous dérangent », comment a-t-il été accueilli ?

Reuno : Plutôt vachement bien, parce que dans le cheminement de Lofofora, on essaye de raconter quelque chose de différent dans chaque album par rapport au précédent. Sans pour autant se prendre la tête en se disant qu’il faut trouver absolument un concept, on essaye de se renouveler. Je crois que c’est l’album le plus différent et je trouve qu’il est accepté vachement vite et bien par le public. On a pu se faire égratigner surtout à cause de mes textes qui sont plus directs. J’ai déçu les gens qui voyaient en moi un intellectuel, et c’est très bien comme ça. Il y a des gens qui sont sensés expliquer à la jeunesse ce qu’est ce disque, le pourquoi du comment, enfin disséquer un petit peu l’histoire, et qui sont passer à coté du truc. Et puis, il y a des jeunes de 14-15 ballais qui viennent me voir et qui me disent « Putain, c’est bien que vous ayez fait ce disque là comme ça, parce que ça change de tout ce que les autres font et qui ressemblent plus à de la variété ». Donc on est content de s’apercevoir que les gens concernés ont compris ce dont il s’agissait.

Myg : Concernant les paroles, tu as toujours des textes assez revendicatifs, tu n’as pas envie d’aller vers des choses plus posées ?

Reuno : Je ne pense pas qu’il y ait de texte revendicatif dans cet album là. Pour la chanson « Les choses qui nous dérangent », c’est marrant parce que les gens la prennent pour une chanson sur la langue de bois, alors que moi je suis plus partie sur mon incapacité à communiquer parfois, parler aux gens qui me sont proches. Avoir une facilité, j’ai le verbe facile, je peux tchatcher pendant des plombes mais est ce qu’avec mes amis, je dis les bons trucs quand il le faut ? Au bon moment… ? C’est de ça dont il s’agit dans cette chanson. Qu’on me dise que c’est une chanson sur la langue de bois, ce n’est pas grave, cela ne me dérange pas. A partir du moment où j’écris un texte, que je le diffuse, il ne m’appartient plus, les gens en font l’interprétation qu’ils en veulent. Je ne vais pas me casser le cul à faire du premier degré, à faire comme dans les films américains, où dès qu’il y aura une allusion, faire un gros clin d’œil en disant « c’est pour rire » ! Je ne veux pas me rabaisser à cela, j’écris ce que j’ai envie, au moment où cela me vient. Cela me fait du bien, cela m’amuse, me soulage. Mais il n’y a pas de morceau vraiment revendicatif, le seul c’est « Mondial paranoïa » à la limite, éventuellement « Aveugle et sourd »… On peut prendre celui-ci comme un texte sur le mur qu’ont construit les israéliens pour délimiter leur territoire et séparé des palestiniens, mais on peut aussi la prendre pour une chanson sur ton voisin qui fait chier… ou sur cette bonne vieille citation de notre cher président sur « le bruit et l’odeur » des voisins. C’est tout ça, c’est l’autre coté du mur. J’ai vraiment eu envie de faire moins de texte sur des faits ciblés. Je pense que la dernière fois que je l’ai fait c’était pour « Alarme citoyen ».

Myg : (Yezzi) Après 15 ans de carrière et une discographie plutôt bien remplie, alors que d’autres groupes s’assagissent au niveau musical, vous restez toujours énergiques et enragés. Qu’est-ce qui vous différencie tant des autres groupes ?

Reuno : Je ne sais pas pourquoi on reste des éternels énervés. Je ne saurais pas te dire : on doit avoir un chromosome particulier. Moi-même ça m’étonne, quand je monte sur scène – là on vient d’enquiller 12 dates – les 2 derniers soirs, j’étais assez crevé, et en même temps au bout de 3 minutes, j’ai envie de tout peter. Je ne sais pas pourquoi. Et après tu me retrouves dans le bus à 5 heures du mat en train de regarder le dernier DVD d’AC/DC en secouant la tête comme un malade. L’après midi on écoute les Hives et on fait des bonds dans tous les sens. On aime le rock putain de bordel de merde ! Et puis ça nous plait. Vraiment, je n’ai aucun jugement sur les autres groupes, ils font ce qu’ils veulent, mais je trouve que ça se ressemble de plus en plus et que ça ne ressemble pas de plus en plus à Motorhead.

Myg : Apres le maxis avec Kabal, tu as fait une chanson avec DJ Tag Off, le milieu du rap vous intéresse ou c'est juste une affaire de rencontre?

Reuno : DJ Tag Off, c’est notre roadie, c’est frère teuf, c’est un dj, qui bosse avec des gens dans le milieu hip hop, notamment avec Djamal, l’ancien chanteur de Kabal, qui prépare un projet où on est pas mal de potes à participer, il mixe bien aussi la drum’n’bass, l’électro cold, style allemande. C’est le balaise qui est à coté de la scène, qui vous jette de scène quand vous êtes trop long à slammer, il est sur la route avec nous depuis 10 ans. C’est frère teuf ! Il y a même plein de gens qui pensaient que ce n’était pas ma voix sur ce morceau alors que c’est bien moi ! Il y a quand même un gros clin d’œil aux Svink’ sur cette chanson, c’est un texte un peu lourd, un peu les pieds dans le plat et je trouvais que ça collait bien de le faire sur un instru pareil.

Myg : Comment s'est passé l'enregistrement avec Fred Norguet? Tu apprécies ce qu'il a deja enregistré Ez3kiel, Nihil, Sidilarsen, les Burning...?

Reuno : C’est vraiment pour son son, pour sa réputation qui le précède, c’est un mec super cool, vachement ouvert. Cela se sent sur les groupes qu’il a enregistré, il a une bonne interprétation de ce qu’ils sont en live. On pensait que c’était intéressant pour nous de faire ce disque avec ce gars là, surtout qu’on voulait un peu se détacher d’une production un peu trop métal. On avait envie d’un son de guitare ou tu sens les coups de médiator, que tu les prennes dans les gencives ! On n’est vraiment pas déçu du résultat. On voulait un son un peu corrosif, moi-même à la voix, je lui ai demandé d’avoir le son d’un micro un peu rouillé, il m’a mit un effet qui fait que ça sonne un peu à l’ancienne, crado. Il nous a aussi apporté des idées vraiment fines, il y a des choses qui ne s’entendent pas sur ce disque mais heureusement qu’elles y sont car c’est cela qui donne un certain caractère, une certaine couleur aux morceaux.

Myg : Vous êtes passés pour la seconde fois à l'émission Top of the pop, c'est le désir d'occuper la place et de montrer qu'il n'y a pas que du métal variet ?

Reuno : Qu’il n’y a pas que de la variet tout court, qu’il n’y a pas que des gens qui chantent en play-back… C’est quand même une émission pas terrible, c’est les gamins qui la regardent. Ca me fait rire qu’il y ait des gens qui me demandent pourquoi tu passes dans cette émission de merde, il faut rester underground… Ils te font la leçon alors qu’ils viennent de passer 4 heures devant leur TV à regarder Ardisson, la star ac’, Jenifer Lopez… On le fait parce qu’il y a une place à prendre, on nous demande de jouer en live, donc on le fait. On ne va pas faire les guignols à raconter nos vies, on se met pas une plume dans le cul, on ne fait pas du play-back et puis on empêche Emma Daunas ou je ne sais pas qui de passer une fois de plus, à la limite, c’est pas mal non ?

Myg : Lofo sur les ondes c'était plutôt rare, maintenant vous passez sur le Mouv', sur OuiFM... tu penses que les choses évoluent de ce côté la?

Reuno : Je ne pense pas. Je ne devrais pas dire du mal de ces gens là parce qu’ils nous passent un petit peu… Je suis désolé mais quand je vois des radios qui se disent un petit peu rock, il faut qu’il arrêtent de sélectionner leur disque à partir du moment où il y a une étiquette rock dessus, ou qu’il y a un guitariste avec une ceinture à clou sur la pochette. Ca me dérange, c’est clair, qu’il y ait des radios soit disante rock et t’entends dessus « Je veux du soleil, palapapaaaa… » (sur un air de Fabian). Je ne sais pas de quoi il s’agit, je pensais que j’étais sur Cherie FM d’un seul coup. (Rires).

Myg : (Yezzi) Vous avez maintenant 5 albums derrière vous, qu’est ce qui vous motive aujourd’hui à rester actif dans la scène métal française ?

Reuno : J’adore cette aventure là. Quand j’étais petit, j’avais flashé sur un film que j’avais vu chez ma mamie un après midi. C’était « Sous le plus grand chapiteau du monde », un film américain avec John Wayne qui raconte l’histoire d’un cirque ambulant qui voyage en train à travers les Etats-Unis. J’étais fasciné par la vie de tout le monde : le fait d’être une équipe où chacun sait ce qu’il a à faire. Chaque jour, tu es dans un endroit différent et chaque jour des gens différents viennent te voir, et chaque jour tu dois être bon, enfin tu dois essayer d’être le meilleur que tu peux pour faire vibrer les gens. J’ai un peu l’impression de vivre ça. Je ne suis pas clown, je ne suis pas funambule ni dresseur de lion, mais être le chanteur de Lofo, c’est pas mal non plus. Des fois, nous même on est surpris : tu vois, l’équipe qui est avec nous, même s’il y a des musiciens qui ont changés, ça fait 10 ans qu’on est ensemble … et on s’aime. C’est passionnel.

Myg : Le métal français a du mal à s'exporter à l'étranger, tu penses que la barrière de la langue est trop grande? Tu aimerais aller jouer dans d'autres pays?

Reuno : Je ne sais pas. On écoute Rammstein en France ! C’est vrai qu’à la fois en Italie ou en Espagne il doit y avoir de bons groupes qu’on ne connaît pas du tout non plus… C’est une musique anglo-saxonne à la base, je pense que dans tous les pays, les gens écoutent les références américaines, anglaises, de temps en temps australiennes… Ce qu’est le rock au sens large. Il y a quand même les suédois qui sont super fort depuis quelques années dans tous les styles, Meshuggah, The Hives, Breach, tous les gens du label Burning Heart, c’est énorme. Ils sont en train de mettre la claque à tout le monde, ça c’est fort, un tout petit pays comme ça, mais bon, ils chantent en anglais.

Myg : Justement tu n’as jamais eu envie de chanter en anglais ?

Reuno : Non, car j’ai un accent de chiotte. Je pourrais me débrouiller un peu, largement aussi bien que certain. Souvent pour les groupes français qui chantent en anglais, l’accent, c’est un vrai problème, moi ça m’arrache les feuilles. Je ne me suis pas trop posé la question, ça m’est venu comme ça. Cela ne me préoccupe pas tant que ça de faire une carrière mondiale.

Myg : La scène métal toulousaine est assez florissante, la connais tu? Qu'en penses tu? Notamment SidiLarsen, Psykup...

Reuno : Oui je la connais un peu depuis quelques années, on a quand même été abonné au Bikini (salle toulousaine) pendant longtemps, on sait un peu ce qu’il s’y passe. Je n’ai pas entendu trop de nouveaux groupes, je connais un peu ceux d’Antistatic, mais à part ça, je ne sais pas s’il y a du tout frais. Les groupes que je connais aujourd’hui, c’est des groupes qui existent déjà depuis 5 ans et plus.

Myg : (Yezzi) On a donc noté des changements sur plusieurs niveaux : musique, textes et pochette de CD. Qu’est-ce qui ne changera jamais dans Lofo ?

Reuno : Le désir, l’envie. Elle prend des formes différentes avec le temps, mais on n’a jamais fait du Lofo parce qu’on ne savait pas quoi faire d’autre dans nos vies. C’est ça qui ne changera pas. Le jour où ça me fera chier, peut-être que ça arrivera, je ne me forcerai pas à continuer parce qu’il me manquera des cachets pour être intermittent. Non, mais des fois, tu as des groupes, tu des demandes un peu … Et puis, je pense qu’on ne plaira jamais à tout le monde et qu’on fera jamais rien pour ça. Ce n’est pas un objectif pour nous. Moi je suis content avec ce dernier album, il y a 1 ou 2 textes où je me suis un peu lâché et ça provoque des réactions un peu agressives. Ca me plait, c’est bizarre, mais ça me fait rire. Ca me rappelle les groupes qui m’ont donné envie de faire ça, que ce soit les Pistols ou les Dead Kennedys même si on n’en n’est pas là au niveau de la provocation. Il y a un coté qui dérange certaines personnes. C’est pour ça qu’il y a aussi une tâche sur la pochette de notre album : c’est une tâche dans notre discographie … mais on l’aime bien cette tâche.

Myg : Votre public a évolué depuis le début de votre carrière. Au début, on pourrait dire que la moyenne d'âge se situait autour de 20/25 ans alors que maintenant vous rassemblez une plus grande tranche de la population (de 12 ans à l'âge des fans de la première heure). Comment situez vous votre discours (ou plutôt tes interventions) concernant notamment la drogue ou autre - vis à vis des plus jeune ? Ils n'ont certainement pas le même recul que des adultes ?

Reuno : Je ne fais pas de prosélytisme de toute façon. Franchement ma vision personnelle est qu’il faudrait légaliser toutes les drogues, puisque de toute façon elles existent. A moins de mettre un flic derrière chaque personne, tu n’empêcheras personne de prendre ce qu’elle veut. Cela éviterait des débordements, des trucs de mauvaise qualité. La question est que soit la chose est contrôlée soit elle ne l’est pas. Maintenant si c’est comme en Suisse où c’est vendu pour soit disant se soigner mais ce n’est pas pour fumer, et en fait ils ont de l’herbe hollandaise qui a, limite, plus de goût que quoi que ce soit, aromatique. En tout cas évidemment, je ne fais pas le prosélytisme de ça. Il n’y a pas de trucs qui disent « Drogues toi ». Je ne pense pas que je suis plus dangereux qu’une heure de programme de TF1 au niveau des répercussions sur la jeunesse. C’est moins dangereux qu’un mome de 15 ans écoute Weedo, qu’il m’entende chanter « Legalize » que certain spot publicitaire… C’est peut être un peu facile les raccourcis que je fais là. Mais il est clair que j’encourage plus les jeunes à faire du sport qu’à rester se droguer chez eux, ou à jouer à la playstation. C’est évident.

Myg : (Yezzi) A force de boire du cul, n’avez-vous pas peur de chanter un jour de la merde ? (Celle la je l'ai mise car ils ont vraiment fait fort chez Yezzi pour trouver un final comme celui la ! Merci à eux)

Reuno : (Explosé de rire et no comment). Excellent, je vais la ressortir à mes copains celle là.


Remerciements
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Reuno pour sa sympathie et tout ce qu'il fait (et a fait).
Au webzine Yezzi, Frisky, et Suz..

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