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[Pumuckl] Interview - Juillet 2009

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Stéphane Lhérault ak [Pumuckl] revient avec nous sur la sortie de son 1er album long format "l'Anecdotiste". Une longue attente mais ca valait le coup.

Myg : Plus de 2 ans se sont écoulés depuis la sortie de Carbone, pourquoi une si longue attente ?

Stéphane : tout simplement parce que le monde matériel me rattrape! Je m'autoproduis et j'ai des impératifs professionnels a coté qui m'ont éloigné de mon home studio... Au dela de cela, j'ai voulu en finir avec mon envie maladive de "produire", de sortir chaque année un CD. Rétrospectivement, je trouve que "sommeil léger" et "carbone" n'étaient pas très homogènes car il s'agissait à chaque fois de la cuvée de l'année, de morceaux enregistrés sans projet préalable. je voulais cette fois ci faire un album sur longue distance, quitte à patienter et à laisser les morceaux qui s'intégraient mal de coté.

Myg : As-tu déjà eu des retours sur l’album ?

Stéphane : Assez peu. J'attends la rentrée pour faire plus de "promo". J'ai déjà recu de bons échos des webzines "fidèles" à pumuckl, benzine ou ADA notamment.

Myg : Peux-tu nous en dire plus sur le choix du titre de l’album : l’anecdotiste ?

Stéphane : C'est un titre à la fois ironique et peut-être un poil désabusé. C'est la modeste ambition que je place dans pumuckl peut-être. Je ne dis pas que je ne suis pas satisfait du disque car, si c'était le cas, je ne l'aurais jamais sorti. Je crois seulement que ce qu'on appelle la musique actuelle, la pop, le rock etc... ne s'appuie pas sur des conventions assez complexes ou assez variées pour échapper tôt ou tard à l'anecdote, à l'oubli. Je demeure très attaché au format album car c'est sur cette longueur à mon avis que se dégage des œuvres intéressantes. J'ai replongé dans l'univers Gainsbourg et je me retrouve beaucoup dans le discours provo et un brin snob qu'il avait tenu sur les arts mineurs et majeurs, en fait. Ca c'est pour l'ironie. Pour le coté désabusé, j'avoue aussi que constater chaque jour le nombre de personnes qui font des chansons, le nombre d'"amis" qui errent sur myspace, les ambitions que tout un chacun met dans la musique, que tout cela me donne une grande sensation de dérision. La profusion de musique, de grands projets me noie un peu. J'ai l'impression d'une grande fuite en avant, d'une grande gesticulation dans laquelle j'ai du mal a envisagé d'être autre chose qu'un marchand d'anecdotes.

Myg : Tous les titres sont chantés en français alors qu’à en croire l’orientation de la plupart des artistes, il est plus facile de créer des ambiances dans la langue de Shakespeare. C’est quelque chose que tu t’imposes ? Comment opères-tu pour la construction des morceaux ?

Stéphane : D'abord, je voulais un format album, avec une ligne forte, une cohérence. Cette cohérence passe par le francais. J'ai délibérément écarté du tracklist les titres an anglais, après hésitations. Ensuite, il m'apparait évident que le francais a un rapport au sens bien plus direct que l'anglais, plus impudique. Bien évidemment pour nous francais parce que c'est notre langue maternelle. Mais pas uniquement, car les anglosaxons écrivent en anglais des (pré)textes que le francais ne pourrait jamais porté sans tomber dans la niaiserie. L'anglais et le francais en chanson ne serve pas à la meme chose, chaque langue a un langage et un usage musical propre. L'Anglais avec ses voyelles liantes et mélodiques, le francais avec ses consonnes appuyées qui rythment la phrase, marquent les mots et leur donne du poids. Je me suis en quelque sorte imposé le français pour l'anecdotiste, c'est vrai, car j'ai voulu justement appuyé et assumé mes mots. En anglais, mes textes sont courts et minimaux. En Francais, j'ai plus d'outils, plus de vocabulaires, je suis plus précis, et donc, plus personnel. Cela rejoint ce que je disais sur le titre de l'album: La meilleure façon d'essayer de ne pas être un marchand d'anecdotes, de surnager, de faire quelque chose de personnel a été d'élargir mon expression en utilisant le français. Ca a été parfois compliqué, car a trop vouloir taquiner la langue, j'ai parfois fini par écrire des trucs carrément ésotérique/prétentieux/ chiants... Pour la construction des morceaux, je n'ai plus vraiment de recettes. Tout part souvent d'une phrase, d'un bon mot, d'un slogan pour le texte, et d'une gimmick, d'un sample, coté musique...Ensuite je travaille en aller retour entre le home studio et mon sampler/ guitare, architecturant et étoffant progressivement les morceaux. Vient ensuite le plus souvent un travail d'élagage, pour aérer le mix... La seule constante est qu'il me faut beaucoup de temps pour a la fois trouver des idées d'abord et surtout ensuite savoir en sacrifier au profit de l'équilibre général d'un arrangement.

Myg : On évoque souvent Sigur Ros quand on parle de tes compositions. Est-ce une source d’inspiration ou y’a-t-il d’autres artistes qui t’ont poussé à prendre la guitare ?

Stéphane : Mon précédent disque, Carbone, faisait effectivement et volontairement bien transparaitre mon affection pour sigur ros. C'est un groupe que j'apprécie vraiment comme un ado, avec une indulgence et une naïveté assez franche. C'est de très loin mes meilleurs souvenirs de concerts, surtout l'olympia 2006. Je les trouve malheureusement un peu en perte de vitesse. Maintenant, je ne crois pas que cette influence ressorte vraiment sur l'anecdotiste. Indirectement, par l'usage par exemple de nappe de guitares, peut-être par certaines tournures mélodiques, mais pas plus. Je pense avoir des gouts assez variés, j'aurais du mal a citer un groupe.

Myg : Sur l’Anecdotiste, tu reprends un titre de Jérôme Minière « la jalousie de la vierge Marie », peux tu nous en dire plus sur ce choix et sur cet exercice de style ?

Stéphane : J'ai toujours enregistré et interprété des reprises car avant de faire de la musique, j'aime celle des autres. On commence toujours par la, déjà pour apprendre à jouer d'un instrument. La reprise est une école formidable car elle t'oblige a te confronter à l'écriture de quelqu'un d'autre, a sortir parfois de tes frontières techniques... Ca nous évite de croire que l'on réinvente l'eau chaude dès qu'on trouve une jolie serie d'accord! Jouer la musique des gens qui nous influence est une façon à la fois de se l'approprier beaucoup plus profondément, de capter plus qu'une atmosphère, et à la fois de mieux s'en démarquer, de la démystifier parfois. On capte beaucoup plus de chose en jouant la musique des autres qu'en l'écoutant simplement. En plus, l'exercice "reprise" est ludique: on a pas a se poser la question du texte ou de la mélodie, c'est autant de tracas en moins... les reprises sont l'occasion de se concentrer uniquement sur l'interprétation et l'arrangement. Enregistrer des reprises m'a toujours donné des idées d'arrangements qui ont nourrit mon travail ensuite. J'enregistre rarement des chansons que j'adore en fait, par peur de la comparaison peut-être. J'ai choisi la jalousie de la vierge Marie en hommage à une période et un label formidable (Lithium), et parce que son texte me parle, il heurte des symboles assez forts comme j'essaie de la faire aussi. L'orchestration originale est acoustique et assez douce, j'ai voulu en faire quelquechose de plus sombre, plus froid.

Myg : Des rumeurs nous poussent à croire que tu vas à nouveau collaborer avec David Fakenahm sur son nouveau projet « Warehouse». Va-t-on entendre du Pumuckl ou t’autorises-tu d’autres libertés quand tu joues pour les autres ?

Stéphane : Ma collaboration avec David est comme par le passé: amicale et légère. J'ai fait des programmations pour Warehouse comme j'avais fait des guitares pour l'album "back from wherever". La "prestation" est d'abord technique, et ma patte ne prends pas du tout l'ascendant. David reste maître en sa demeure!

Myg : D’autres projets en tête ? Une tournée de prévue ?

Stéphane : Peut-être un CD plus accoustique, j'ai pas mal de titre dans ce registre en boite. A voir... Sinon une tournée non, des concerts, j'espère. J'envisage de faire quelques investissements pour construire un nouveau set avec des samplers et plusieurs amplis. Je médite encore car la logistique d'un tel projet pourrait devenir un peu lourde...

Myg : Artiste préféré de tous les temps?

Stéphane : Compliqué tes dernières questions... S'il faut en dire un, sur la longueur et la carrière, ce serait Dominique A. C'est le seul dont j'achète tout les disques.

Myg : Titre préféré de tous les temps?

Stéphane : Impossible de répondre, surtout après ce que j'ai dit sur "le format album"... Alors pour le slogan, enjoy the silence de depeche mode! La chanson la plus évidente que je connaisse.

Myg : Dernier coup de cœur ?

Stéphane : Fredo Viola et Dananananaykroyd

Myg : Un disque pour les vacances?

Stéphane : Rien de spécial pour les vacances... les mêmes disques que d'habitude! Faut aussi savoir déprimer en vacances!!!

Myg : Un disque pour se motiver le matin?

Stéphane : si l'idée, c'est que ca crash sans plomber l'ambiance, en ce moment je dirais the colour and the shape des foo fighters.

Myg : Quelque chose à ajouter?

Stéphane : Merci à toi!


Remerciements
Remerciements

Merci à Stéphane pour sa disponibilité et pour s'être prêté au jeu avec autant d'éloquence ;-)

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