Oshen - 06 juin 2007
On garde le meilleur pour la fin c'est bien connu. C'est donc à la fin d'une journée bien remplie que j'ai la chance d'être le dernier à interviewer Oshen avant son décollage sur Paris et son retour sur Toulouse le 15 juin 2007.
Myg : Tu es en pleine période de promo, d'interviews. Tu prends ça comme une obligation ou c'est juste une part du boulot ?
Oshen : C'est une obligation mais je le fais avec joie parce que je suis contente de défendre ce disque, je suis très contente de cet album et j'ai envie que les gens l'entendent, que les gens viennent au concert et je trouve que c'est la moindre des choses que de passer du temps à parler de mon projet. C'est vrai que mon métier c'est d'écrire de bonnes chansons et de les jouer sur scène. C'est un peu le 'deal' à partir du moment où tu rentres dans le système, où tu fais un album, c'est des contraintes inhérentes. Moi j'ai bossé dans une salle de concert à une période de ma vie et j'étais attachée de presse. Quand je passais 3 semaines à monter une journée de promo et que l'artiste arrivait et me disait « Ecoute j'en ai rien à faire de ta presse locale, je suis crevé », ça me foutait tellement les boules que je me suis dit que je ne ferais jamais ça. J'ai appris beaucoup de chose par rapport au respect de tous ces trucs là. C'est un truc qu'il faut faire et ça fait partie du système. Ca m'oblige aussi à réfléchir à mon travail. C'est vrai que c'est fatiguant et que je préfèrerais bosser ma guitare mais je n'ai aucun problème avec ça.
Myg : On va reparler de ton premier album qui a eu une double vie, il est sorti en auto-prod puis il a été réédité et réarrangé c'est ça ?
Oshen : Pour certains morceaux oui, remixés pour d'autres. C'est vrai qu'on avait autoproduit l'album avec Klakson, il était distribué à la fin des concerts puis on a refait 10 jours de studio, il y a 3 ou 4 morceaux qui sont vraiment différents. La signature avec V2 m'a permis d'aller au bout de ce projet comme j'avais envie.
Myg : Tu l'as défendu combien de temps du coup ?
Oshen : Houla ! 40 ans ! (rires) En fait, il y avait des chansons que j'avais écrite il y a 7 ou 8 ans et le disque je l'ai défendu 3 ou 4 ans avec un spectacle qui a évolué. Le disque est sorti la première fois en 2004-2005 et j'ai joué le spectacle jusqu'en novembre 2006 et je suis sur le nouveau spectacle depuis mars.
Myg : Donc ce fameux second album, souvent plus difficile ou fait trop vite, tu as eu cette impression ?
Oshen : Pour moi c'était vraiment bien, j'étais vraiment contente. Comme je te disais, il y avait des chansons que je portais depuis très longtemps, c'est pas que j'en avais marre de les chanter mais j'avais vraiment envie de passer à de nouvelles choses. Certaines chansons de « Je ne suis pas celle » sont déjà assez anciennes comme « Jim » que je chantais déjà à l'époque et que j'avais envie d'enregistrer. C'est vrai que pour le premier album tu as pas mal de temps, tu prends les meilleurs morceaux et quand tu les as écrit tu ne pensais pas à l'album, tu te disais « Il faut que j'écrive cette chanson pour survivre !!! » (rires). Pour le deuxième c'est différent, tu sais que tu vas le faire, tu le conçois plus comme une globalité. C'est vrai que j'avais des chansons qui étaient là depuis quelques temps et aussi l'envie de concevoir l'album un peu comme un roman... et puis j'avais beaucoup de chansons donc j'ai pu choisir et donner la tonalité que je voulais au disque.
Myg : C'est le moment où je te parle de Vincent Ségal. Il est comment au boulot ? Sympa ?
Oshen : C'était incroyable cette rencontre à tous les niveaux : humainement, artistiquement, etc... C'est vrai que j'avais pas mal souffert sur le premier de pas avoir de réalisateur et de devoir choisir les prises de voix,... de trouver une couleur. Sur le deuxième, on savait qu'on en aurait un, j'ai pensé à lui quand j'ai écouté son travail en tant que réalisateur et je suis aussi fan de son travail dans Bumcello et -M-. Au début on n'était pas sûr, lui il trouvait que certaines chansons n'étaient pas assez abouties. C'était super pour moi car il m'a mise un peu des coups de pieds au cul pour aller plus loin dans mon travail d'écriture. J'avais besoin de ça car personne te dit jamais rien quand t'es un peu le « boss », auteur-compositeur, c'est toi qu'engueule les musiciens d'habitude (rires). Et là, d'avoir ce personnage en face de moi, qui m'impressionnait, m'a fait avoir une écoute, une maturité différente dans la préparation de cet album. C'est grâce à ça que je n'ai aucun problème à défendre cet album parce que je suis très contente du travail effectué dessus. J'ai écrit de nouveau des morceaux comme sur « Arc-en-ciel » où j'ai écrit toute la partie de piano, je pensais même pas que j'en étais capable et au bout de quelques mois on s'est revu et on s'est décidé à travailler ensemble. Et humainement, c'est un mec très généreux, c'est un fou furieux de musique qui m'a fait écouter des trucs incroyables. Il m'a beaucoup appris et il a cette exigence, c'est quelqu'un de très rigoureux. Lui ça fait 37 ans qu'il joue du violoncelle et il continue à jouer 4 heures par jour, c'est un mec qui est une star dans le monde entier et pourtant il garde toujours cette rigueur. Pour l'album, on a préparé les morceaux avec Thibault Frisoni qui est le guitariste qui joue sur l'album et qui m'accompagne sur scène puis on a fait appel à des musiciens que l'on connaissait très bien soit lui soit moi. Lui Cyril Atef, DJ Shalom et Jeff Boudreau qui est un batteur américain avec un jeu hallucinant. Moi Thibault Frisoni, Julien Tamisier au piano et Mélodie au basson et on connaissait donc très bien les gens que l'on faisait venir. On a répété juste à 3 pendant une période puis on a eu une courte période de studio, on a fait 17 morceaux en 17 jours et c'est pour ça que le disque est assez naturel.
Myg : Quand on écoute l'album on peut découvrir 2 scoops : qu'Anaïs est un mauvais coup et que toi tu ne tiens pas l'alcool ! Alors vrai ou faux ?
Oshen : C'est de l'intox volontaire on va dire. En fait le duo avec Anaïs, il a d'abord été écrit pour la scène puisqu'on avait ce bout de tournée ensemble où je faisais sa première partie. Au départ elle venait sur une de mes chansons et je la rejoignais sur une des siennes et je voulais donc qu'on ait un titre en commun. J'ai écrit du coup ce duo vraiment sur mesure : c'est les 2 chanteuses hyper-égocentriques qui se racontent leurs dernières conquêtes amoureuses, qui sont hyper-copines jusqu'au moment où elles s'aperçoivent qu'elle parlent du même mec et s'en foutent plein la gueule. Et c'était important cette fin où on pouvait improviser à chaque fois un truc différent, on s'est tapé des fous rires sur scène et c'est très précieux pour nous, pour les gens. Du coup, on a gardé cette ambiance là et sur ce morceaux le son est un peu différent, il est très live et à la fin il y a les délires où je parle de son opération mais ce sont ses vrais seins il faut dire ce qui est !
Myg : Tu es déjà venu plusieurs fois à Toulouse, au Bijou, à la Halle aux Grains, au Havana Café... là tu reviens seule aux Vents du Sud. La prochaine interview, c'est planifié au Zénith ?
Oshen : Ecoute je sais pas. Pour l'instant, ça avance tranquillement, c'est vrai que depuis l'année dernière il y a des gens qui viennent au concert et qui connaissent tout par coeur, ça évolue progressivement. Ca reste à échelle humaine et je ne pense pas que ça va changer, je reste sur un créneau assez alternatif finalement et je ne suis pas surmédiatisée, je ne passerai jamais chez Fogiel ou Cauet donc on restera entre nous et c'est vrai que je suis attachée aux salles où il y a une intimité avec le public. Jouer dans des Zénith, c'est pas un fantasme même si j'ai fait une chanson pour Bénabar à Bercy où c'était très marrant mais pour un spectacle en entier j'aime bien garder un truc assez intime.
Myg : Est-ce qu'on te parle encore de la « nouvelle nouvelle scène française » ?
Oshen : Ca s'est calmé et puis j'ai tendance à toujours répéter la même chose : c'est cette idée que pour moi les vraies 2 familles en chanson ne sont pas la nouvelle et l'ancienne, ce qui ne veut rien dire, mais c'est les gens qui cherchent le son, avec en chef de file pour moi Alain Bashung et Dominique A, où je me reconnais et puis il y a les gens qui sont plus dans une tradition plus classique, pour qui la musique a peut-être un peu moins d'importance et qui est là pour porter le texte, il y a des jeunes dans les 2 familles. Mais c'est vrai que ça s'est un peu calmé l'effet « nouvelle scène », l'expression est un peu tombée en désuétude et c'est très bien.
Myg : Tu as fait pas mal de premières parties de gens « connus », tu as des souvenirs particuliers sur ces dates ?
Oshen : Je garde des bons souvenirs en pagaille en fait mais c'est vrai que la première fois que j'ai fait une grosse première partie, c'était les Rita Mitsouko. C'était un des groupes français mythique pour moi et je flippais à mort, j'étais toute seule avec ma guitare mais ça c'est super bien passé. Catherine Ringer a été tellement gentille, elle est venue me voir, on a parlé après, tu te dis que c'est pas n'importe qui et elle vient te voir dans la loge pour savoir si ça va... Il y a des gens 10 fois moins connus qui se la pètent 10 fois plus et je ne citerai pas de nom. Higelin a été pareil, il m'attendait avant mon concert, il m'a embrassé avant que je ne monte sur scène, c'est des moments très forts. Bénabar a aussi toujours été super. C'est vrai aussi que quand tu fais un concert seule et que les gens te font une standing-ovation, c'est hyper-fort, t'es contente.
Myg : En live tu interprétais déjà des titres du nouvel album, c'était pour les tester, voir les réactions du public ?
Oshen : En fait il y avait surtout « Jim » que j'avais envie de mettre dans le répertoire, qui allait bien dans l'ancien spectacle. Mais sinon j'ai pas trop testé les autres morceaux, peut-être une ou 2 fois mais sinon je les jouais devant des potes et puis voilà.
Myg : Sur scène tu m'a appris à faire l'algue, tu continues à donner des cours ?
Oshen : Non non ça j'ai arrêté, c'était une autre époque, celle de « Besoin d'air ». Donc je ne donne plus de cours d'algue mais je garde le côté ludique et rigolo sur scène, avec un côté improvisé, mais peut-être un peu moins. Ca m'intéresse d'être dans un truc plus subtile, plus poétique drôle sous forme de texte ce qui évite une forme de lassitude. C'est vrai aussi que sur le premier spectacle il y avait des trucs un peu extrêmes dans la parodie puis d'autres trucs très durs. Et là j'ai eu envie un peu de resserrer, d'avoir à la fois de la légèreté quand j'aborde des sujets graves et toujours un fond sérieux dans les sujets légers comme dans « La première fois que tu m'as quitté » qui est très rigolote mais je parle de la difficulté de construire un couple. Là j'ai essayé de resserrer mon univers et d'avoir cette dualité plutôt que d'aller dans les extrêmes qui étaient plus dur au niveau de la narration. Il y avait des gens qui aimaient bien le côté rigolo et pas l'autre et inversement, mais ça reste 2 parties de moi et je ne compte faire le deuil ni de l'une ni de l'autre, par contre de les avoir plus emboîtées c'est important. Il y a une cohérence du début à la fin là.
Myg : Le soir du 6 mai, tu as fait une grosse fiesta sur ton yatch ?
Oshen : Le soir du 6 mai... j'ai fait une dépression nerveuse tu veux dire ! En plus, j'étais à Marseille, je suis sortie et je voyais des gens agglutinés dans les bars devant la télé, je m'approche et il regardaient le match de foot... C'est vraiment des beaufs ! Je dis pas que tous les marseillais sont comme ça mais le lendemain, on va boire un café et le serveur me dit « Hey, t'as vu ! On a gagné ! C'est beau.», je le regarde et je lui dit « Quoi ? On a gagné ? »... et il me répond « Et oui le match contre... » je sais plus qui, bref... Ca m'a déprimé à mort. Au delà de ça je suis très inquiète de savoir à quelle sauce on va être mangés, en particulier nous les intermittents. Et donc je me fais plutôt du soucis et je continuerai à dédicacer une chanson à Ségolène Royal dans mon spectacle.
Myg : Tu as acheté des CDs récemment ou découvert des trucs ?
Oshen : Ha oui, j'ai découvert un truc extraordinaire : Ane Brun, une norvégienne. C'est pas très connu alors que j'ai l'impression qu'elle a une sacrée carrière à l'internationale, elle a une voix incroyable, une façon de poser ses textes, un jeu de guitare que j'adore et là je bosse ces chansons pour apprendre de nouvelles choses. J'ai aussi découvert, très en retard, l'album de JP Nataf et je m'en veux de pas l'avoir découvert avant du coup j'en parle à toutes les interviews.
Myg : Pour moi c'est bon, une déclaration pour terminer ? tu as une phrase de fin ?
Oshen : Souvent je termine en parlant du téléchargement illégal. J'aime bien en parler parce que c'est vrai qu'il y a beaucoup de jeunes qui se rendent pas compte qu'en téléchargeant ils nuisent avant tout aux artistes, ils ont l'impression de nuire aux méchantes maisons de disques. Mais si ces maisons de disques ne produisent pas des disques qui coûtent très cher, nous on est dans la merde. Je me suis retrouvée avec des gens qui me disaient « J'ai téléchargé ton album sur emule, on était plein, c'est bien ! Ca marche bien. » et ils voyaient pas que j'avais juste envie de leur retourner la tête (rires). Donc pour moi c'est important de dire que le prix d'un album sur internet, moins de 10 euros, ça va. Je peux comprendre la démarche de découvrir avant d'acheter, mais quand tu aimes bien un artiste ou que tu vas à un concert qui te plaît, quand tu achètes l'album, tu donnes un euro à l'artiste et si vous êtes 50 000 à le faire, et ben c'est chouette (rires). Et puis ça permet aussi aux maisons de disque de produire d'autres artistes qui sont supers aussi. Je suis un peu contre le discours « Le disque c'est trop cher », mon disque ça fait 3 ans que j'ai commencé à l'écrire, c'est beaucoup de travail, c'est des musiciens, des techniciens, etc... Pour « Je ne suis pas celle » qui est un disque avec très peu de jours de studio, pas d'orchestre,... on est déjà à 100 000 euros de budget sur la prod sans parler du marketing donc, un disque, ça coûte cher à produire. 15 euros à la sortie je trouve pas que ça soit cher ! « Achetez des disques ! », pas forcément le mien mais celui des autres donc voilà c'est la phrase de la fin. Merci à toi.